La solution

La solution se trouve-t-elle vraiment dans le jeu au pied ? Le professionnalisme a permis de travailler de manière très organisée les défenses, et désormais une équipe fournit toujours une deuxième et un troisième rideau. Le coup de pied par dessus devient alors un risque, car si le ballon est récupéré par l’adversaire, il se retrouve dans une situation de contre qui peut être très favorable.

La problématique est : comment déséquilibrer une défense organisée ? Pour moi le jeu au pieds ne peut marcher que si la défense est mal organisée (pas de 2nd ni de 3ème rideau), et c’est donc une solution limitée.

Je vois plutot la solution dans ce qui fait pour moi la richesse du jeu néo-zélandais actuel, et dans une mesure moins spectaculaire, du jeu gallois : la passe après contact. Tout passage au sol offre un temps de pause où l’adversaire a une opportunité de ralentir le ballon pour se laisser le temps de réorganiser sa défense.

La passe après contact ne ralentit pas le jeu, et crée même des situations de déséquilibre : le plaquage moderne se faisant souvent à deux défenseur pour un attaquant, cela signifie que l’attaque se retrouve potentiellement en surnombre.

Pour que la passe après contact soit possible, il faut en revanche un travail spécifique : on ne peut pas faire une passe de 30 mètres en étant plaqué, car on est inévitablement gêné par le plaquage. On ne peut que faire une passe de quelques mètres maximum. Donc il faut un soutien qui arrive au plus prêt du porteur du ballon.

Nous avons encore tendanc en France à déployer un jeu de ligne classique où les attaquants sont placés en profondeur pour pouvoir placer une combinaison d’école. Cela signifie que les attaquants sont organisés pour avoir des courses bien précises afin de leurrer l’adversaire. Soit ils sont loin les uns des autres, soit ils sont proches quand la combinaison vise à pénétrer la défense. Quand ils sont proches, c’est souvent hélas dans le but d’extraire le ballon plus rapidement d’un maul créé volontairement.

Quand on regarde les joueurs blacks ou gallois actuellement (et ce n’est pas un hasard que l’entraineur black ait entrainé les gallois avant), on voit que le joueur plaqué a un objectif principal : transmettre le ballon dans le mouvement. Et le soutien vient avec un objectif : récupérer le ballon transmis par le joueur plaqué et le transmettre à son tour. On est loin des mauls pour prendre le milieu de terrain (centres bulldozers) qui avaient fait le succès des australiens en 1999, ou des picks and go anglais sans envergure qui avaient fait leur succès à partir des quarts de finale en 2003.

Regardez blacks et gallois : le ballon ne s’arrête quasiment jamais et la défense finit inévitablement par être déstabilisée quand le jeu est bien huilé. Evidemment, ce type de jeu est très difficile à mettre en place : la passe après contact est difficile techniquement, le soutien doit arriver dans un timing très précis (trop tot : cela fait une course pour rien, trop tard : soit c’est une passe dans le vide, soit un maul), et chaque joueur doit pouvoir s’adapter intelligemment à la situation. Les blacks, grace à leur emploi du temps qui leur permet d’avoir les automatismes d’une équipe de club, sont devenus maîtres en la matière. Les gallois, en équipe nationale, ont encore des réglages à trouver car la machine se grippe parfois par manque de vécu commun. En revanche leurs équipes de clubs commencent à montrer de très belles choses, comme Llanelli en coupe d’Europe.

Ce type de jeu est très exigeant, très dur à mettre en place, mais qu’est-ce que c’est beau à voir !!